2018 – Poitiers : une exposition sur Pablo Neruda à Saint-Eloi – Nouvelle république

Pour mettre sur pied son exposition, Alain Sicard s’est appuyé sur des photographies de la fondation Neruda, au Chili. © Photo NR

Dans le quartier de Saint-Eloi, Pablo Neruda est connu de tous. Et pour cause : le groupement scolaire porte ce nom aux consonances hispaniques. En revanche, impossible de savoir si, quand ils parlent de l’école, les habitants du quartier pensent aussi au poète chilien qui se cache derrière ces onze lettres. Alain Sicard, lui, y pense souvent : il l’étudie depuis plus de cinquante ans. C’est pour partager sa passion pour cet écrivain d’exception qu’il a mis en place, à la maison de quartier Seve, une exposition de photos en son honneur.
Ancien doyen de la faculté de lettres et directeur du Centre de recherches latino-américaines (CRLA), Alain Sicard a d’abord écrit sur Neruda, au point d’être considéré comme l’un des plus grands spécialistes de la question. Les deux hommes sont devenus amis au début des années 1960. « Il était sur une chaise, il attendait sa femme, Mathilde. Je me suis approché pour me présenter. On est allés voir le film “ Goldfinger ”, on a mangé un couscous et on a bu du calva jusqu’à la fermeture, se souvient-il. J’avais une trentaine d’années, il en avait environ cinquante. »
“ Il venait réciter des poèmes à l’hôtel Fumé ” Après cette première approche, le poète est revenu plusieurs fois en France, et trois fois à Poitiers. Alain Sicard se souvient d’un séjour dans sa maison près de Montamisé, des marchés aux puces que le poète adorait, ou des promenades dans les environs de Nouaillé-Maupertuis. « La première fois qu’il est venu à Poitiers, il venait réciter des poèmes à l’hôtel Fumé. Quelques minutes avant l’événement, impossible de le retrouver. Il était attablé dans un bistrot voisin, avec les agents de service. »
Il faut dire que Pablo Neruda était un homme « simple » qui avait décidé, après le début de la guerre civile espagnole, « d’écrire pour le peuple ». Un engagement en phase avec son implication dans le parti communiste chilien, qui le mènera même à se présenter aux élections présidentielles. Il finira par se retirer au profit de Salvador Allende.
Son œuvre, gigantesque, et cette action politique, ont fait de lui « une véritable vedette au Chili ». Avec cette exposition, Alain Sicard aimerait faire en sorte que « les gens aient une petite idée de sa poésie et de sa vision du monde ». Une manière de rendre un dernier hommage à cet homme « discret » à qui Louis Aragon avait dédié une élégie, l’évoquant en ces termes : « Il a l’air d’un poisson pour l’œil et le silence. »

Jusqu’au 8 octobre à la maison de quartier SEVE, 11 Boulevard Saint-Just. Lecture poétique et musicale le 5 octobre à 20h30, autour de la vie de Pablo Neruda.

Source : Nouvelle république du 26/09/2018

Bastien LION

Journaliste